Source: Aljazeera.com

Celles de 2020 resteront dans l’histoire comme les élections les plus controversées de notre temps, mais le changement sera-t-il vraiment radical ?
Les nouveaux / anciens États-Unis

Nous ne nous ennuyions  pas. Les élections américaines, exercice démocratique et spectacle, ne sont pas encore complètement conclues au moment où j’écris.

En attendant un résultat officiel pour commenter, je me suis posé la question « qu’est-ce qui va vraiment changer entre Trump, Biden et leurs administrations? ».

Cette question est peut-être la plus importante et je voudrais donc essayer d’y répondre en me concentrant sur les deux domaines d’intérêt de la politique américaine: étrangère et intérieure.

À l’étranger.

Source: Pickline

La politique étrangère américaine souffre d’une contradiction : le besoin de maintenir et de renforcer sa position prééminente dans le monde et la volonté d’abandonner cette nécessité coûteuse (en termes de vies et de ressources).

L’élection de Trump est l’incarnation même de cette volonté d’isolationnisme, résumée dans la phrase «America First». Il a en effet réussi à convaincre une partie importante du peuple américain, en promettant de ramener les soldats, de réduire le déficit commercial avec d’autres pays (non seulement des adversaires comme la Chine, mais aussi des alliés comme la France ou l’Italie) et de ramener aux États-Unis, les grandes chaînes de production délocalisées à l’étranger.

Malgré ces prémisses, la politique de Washington a été une politique de continuité avec l’administration Obama. Les troupes à l’étranger, au lieu de diminuer, ont augmenté, le choc commercial (et pas seulement) avec la Chine est devenu plus violent ; même la Russie, envers laquelle Trump a été accusé d’avoir une sympathie au bord de la haute trahison, a subi l’extension des sanctions et les conséquences d’une hostilité toujours plus grande.

Biden, a essayé de présenter ses priorités comme radicalement différentes de celles de Trump, mais elles changent de ton, de vocabulaire et à certains égards; mais la boussole qui guiderait la politique étrangère de l’administration Biden resterait la même que celle de Trump: hostilité envers la Russie et la Chine, sanction économique de l’Allemagne (et avec elle de toute l’Union européenne) et renforcement de l’influence américaine dans le monde.

En ce qui concerne les relations avec les Européens, les objectifs de Washington transcendent les personnalités présidentielles. Même si Biden gagne, les États-Unis continueront à percevoir l’Union européenne comme une union réunie autour de la puissance économique et industrielle allemande. Cette perception, déjà présente dans l’administration Obama (et donc pas née avec Trump) a conduit les Etats-Unis à avoir une attitude hostile envers l’Union et envers l’Allemagne, qui ont fait l’objet de sanctions. Cette perception ne changera pas forcément même avec Biden.

À intérieure.

Source: FinanzaOnline

Les États-Unis ont récemment subi divers bouleversements sociaux et économiques qui trahissent la lassitude américaine face à son rôle dans le monde.

Les convulsions raciales et sociales qui ont explosé ces derniers mois sont les héritières directes de celles de la guerre civile américaine dont elles partagent en fait les mêmes divisions territoriales entre le nord progressiste et le sud plus conservateur.

À cela s’ajoute une économie en crise d’identité; il a eu le déclin désastreux de l’industrie manufacturière du Midwest, avec la perte de chaînes de production entièrement dé-localisées et de millions d’emplois. Cela a été partiellement compensée par la croissance de la HighTech de Californie, qui, tout en attirant d’énormes capitaux, n’a pas absorbé un grand nombre de travailleurs.

La volonté de Trump de ramener les chaînes d’approvisionnement peine à se réconcilier avec la volonté d’importer massivement des marchandises d’autres pays, afin de les maintenir liées aux États-Unis.

En relation avec cette nouvelle économie, est la division, de plus en plus nette et douloureuse entre les grandes et riches villes des côtes qui sont multiculturelles, progressistes et projetées vers l’étranger et d’autre part, les territoires de l’immense intérieur américain qui sont devenus plus pauvres et plus marginaux.

Source: Pinterest.com

Ceux décrits jusqu’à présent, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, sont des problèmes et des dilemmes qui ne peuvent pas être résolus par aucune administration; ils font partie du rôle que joue l’Amérique dans le monde et qui nécessite un énorme engagement économique, commercial et militaire, constitué d’un état de guerre et de conflit presque perpétuel.

Cependant, c’est précisément ce rôle de superpuissance qui donne à Washington une vision claire de ses objectifs à court et à long terme.

Ils transcendent les présidents et leurs objectifs politiques. À cela, il faut également ajouter que les républicains et les démocrates diviseront probablement le Congrès (Sénat et Chambre respectivement), rendant les décisions de tout président élu beaucoup plus difficiles.

Cela permettra d’atténuer les souhaits du président, renforçant les objectifs stratégiques objectifs des États-Unis.

Bien sûr, Biden a une façon de communiquer différente de Trump et une attitude moins provocante et agressive, mais cela ne trompe personne : la communication changera, pas le résultat.

Source: Wikipedia.org

Lorenzo Fornari
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