Source: Globsec

L’Union européenne est au centre de la compétition entre Washington et Moscou: les doutes de Bruxelles

Depuis 1945, l’Europe est le principal champ de bataille de la Guerre Froide entre les États-Unis et la Russie. Les deux superpuissances se sont en effet battues pendant des décennies pour contrôler l’espace européen.

L’effondrement de l’Union Soviétique n’a pas changé cette tendance.

En fait, Moscou a surmonté la crise et se tourne vers l’Occident, à la recherche de partenaires et d’accords. Cette percée, réalisée par Poutine, a rencontré le soutien de certains États européens (non membres de l’UE) et la féroce hostilité des États-Unis.

Sur cet entrelacement des intérêts politiques et économiques, se pose l’un des matchs géopolitiques le plus intéressant et imprévisible au monde.

Le centre des relations entre l’Europe et la Russie est, bien entendu, l’Allemagne. Berlin est le centre politique, économique et industriel du continent et de l’UE,     (dont il est de loin l’État le plus important). Son activité économique implique divers pays d’Europe centrale, du nord de l’Italie et du système portuaire néerlandais.

Cette énorme machine économique a besoin d’une énorme quantité d’énergie pour fonctionner … et c’est là que la relation entre Berlin et Moscou entre en jeu.

En effet, la Russie se propose comme le principal fournisseur d’énergie de l’Allemagne (gaz et pétrole) grâce à ses énormes réserves; en échange, il demande l’accès à l’immense appareil de production qu’est Berlin, et de fournir la demande de produits tels que :  des alimentations électriques à l’électronique, de l’automobile aux machines industrielles du plus grand pays du monde.

Source: France Culture

Ce lien énergétique et économique ressort clairement des oléoducs et gazoducs, construits en grand nombre entre les deux pays. Cette convergence entre Moscou et Berlin fait peur à de nombreux pays (dont la Pologne, qui se souvient encore des souffrances causées par la dernière alliance entre l’Allemagne et la Russie en 1939) et surtout les USA.

En fait, Washington, protecteur de l’Europe occidentale, regarde le vieux continent avec inquiétude pour deux raisons:

1) La montée de l’influence de l’Allemagne sur l’Europe risque de réduire celle des États-Unis, qui craignent la naissance d’une «Europe allemande»

2) L’union de cette «Europe allemande» avec la Russie, capable de créer un géant industriel et énergétique capable de renverser les rapports de force au niveau continental et mondial.

De ces inquiétudes découle la récente hostilité américaine envers la Russie: Trump aimerait trouver un accord avec Moscou (qui aurait tout intérêt à se débarrasser de l’alliance inconfortable et obligatoire avec la Chine), mais cela signifierait un rapprochement entre la Russie et l’Allemagne. , ce qui est extrêmement indésirable aux États-Unis.

L’Allemagne a également souffert de l’hostilité de Washington, déjà sous l’administration Obama: l’amende infligée à Volkswagen, les droits commerciaux et l’hostilité au nouveau gazoduc entre la Russie et l’Allemagne ne sont que les signes les plus évidents de cette hostilité.

Source: Sputnik

Dans ce jeu politique compliqué, l’Europe peine actuellement à trouver une position unie; les principaux pays poursuivent en effet leur politique traditionnelle envers la Russie: la France (avec la Grande-Bretagne) maintiennent  une attitude hostile envers Moscou, tandis que l’Italie maintient sa ligne traditionnelle de dialogue avec la Russie.

Ces divisions rendent l’Europe plus vulnérable et à la merci de la confrontation entre Washington et Moscou.

La Commission a devant elle la tâche difficile de réussir à harmoniser la politique étrangère de l’Union.

Le défi, pour Ursula Von der Leyen, est important et fondamental: après un discours sur l’état de l’Union plein d’espoirs et d’ambitions, il est temps pour l’Europe d’être véritablement protagoniste.

Après tout, le choix est simple: protagonisme ou marginalité.

 

Sources: Axios.com

Lorenzo Fornari

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